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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/195

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PROLOGVE DV QVART LIVRE. 187

nommé Frapin : c’elt celuy qui a faift & compofé les beaux & ioyeux Noelz, en langaige Poideuin. Il auoic vn Gay en délices à caufe de Ion babil par lequel tous les furuenans inuitoic à boire : iamais ne chancoit que de boire : & le nommoit ion Goitrou. Le Gay en furie Martiale rompit fa caige, & le ioignit aux Gays paflans : vn barbier voyfm nommé Bahuart, auoit vne Pie priuée bien gallante. Elle de fa perfonne augmenta le nombre des Pies, & les iuyuit au combat. Voicy chofcs grandes & paradoxes : vrayes toutesfois, veues, & auerées. Notez bien tout. Qu’en aduint il> Quelle fut la fin ? Qu’il en aduint, bonnes gens ! cas merueilleux ! Près la croix de Malchara fut la bataille tant furieufe, que c’eil horreur feulement y penfer : la fin fut que les Pies perdirent la bataille, & fus le camp furent felon- nement occifes, iufques au nombre de 2589362109 fans les femmes & petis enfans : c’ell à dire, fans les femelles & petitz piaux, vous entendez cela : les Gays relièrent victorieux : non toutesfois fans perte de plufieurs de leurs bons Souldards : Dont fut dom- maige bien grand en tout le pays. Les Bretons iont gens, vous le fçauez. Mais s’ilz eufTent entendu le prodige, facilement euïïent congnu que le malheur feroit de leur courte. Car les queues des Pies font en forme de leurs hermines, les Gays ont en leurs pennaiges quelques pourtraiclz des armes de France. A propos, le Goitrou trois iours après retourna tout hallebrené, & fafché de ces guerres, ayant vn œil poché. Toutesfois peu d’heures après qu’il eut repeu en fon ordinaire, il fe remiil ; en bon fens. Les Gorgias, Peuple, & EfcoUiers d’Angiers, par tourbes accouroient voir Goitrou le borgne ainfi accouflré. Goitrou les inuitoit à boire comme de