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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/105

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CHAPITRE XXIlir.

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girante, au ieu des petis enfans, moyennant les coups de fouet : lors que tant fubit eft fon tour, que fon mouuement eft repos, elle femble quiète, non foy mouuoir, ains dormir, comme ils le nomment. Et y figurant vn point de quelque couleur, femble à noftre veuë non point eftre, mais ligne continue, comme fagement l’a noté Cufane, en matière bien diuine.

Là nous n’oyons que frappemens de mains, & epi- femafies à tous dei^roits réitérez tant d’vne bande que d’autre. Il ne fut onques tant feaere Caton, ne Craf- fus Fayeul tant agelafte, ne Timon Athénien tant mifanthrope, ne Heraclitus tant abhorrant du propre humain, qui eft, rire, qui n’euft perdu contenance, voyant au fon de la mufique tant foudaine, en cinq cens diuerfitez, fi foudain fe mouuoir, defmarcher, fauter, voltiger, gambader, tournoyer ces iouuen- ceaux auecq’ les Roynes & Nymphes, en telle dexté- rité qu’ onques l’vn ne fift empefchement à l’autre. Tant moindre eftoit le nombre de ceux qui reftoient en camp, tant eftoit le plaifir plus grand, veoir les rufes &deftours, defquels ils vfoient pour furprendre l’vn l’autre, félon que par la mufique leur eilioit figni- fié. Plus vous diray, fi ce fpeftacle, plus qu’humain, nous rendoit confus en nos fens, eftonnez en nos efprits, & hors de nous-mefmes, encores plus fentions nous nos cœurs eimeus & effrayez à l’intonation de la mufique, & croyrois facilement, que par telle modu- lation, Ifmanias excita Alexandre le grand eftant à table & difnant en r&pos, à foy leuer, & armes prendre. Au tiers tournay fut le Roy auré vainqueur. Durant lefquelles dances, la dame inuifiblement fe difparut & plus ne la vifmes. Bien fuîmes menez par les miche- lots de Geber, & là fufmes infcripts en l’eftat par elle