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le tiers livre.


nous avoir formé aureilles ouvertes, n’y appousant porte ne clousture aulcune, comme a faict es œilz, langue, & aultres issues du corps. La cause ie cuide estre, affin que tousiours toutes nuyctz, continuellement, puissions ouyr : & par ouye perpetuellement aprendre : car c’est le sens sus tous aultres plus apte es disciplines. Et peut estre : que celluy home estoit ange, c’est à dire : messagier de Dieu envoyé, comme feut Raphael à Thobie. Trop soubdain le contemna trop long temps après s’en repentit.

Vous dictez bien, respondit Epistemon, mais ià ne me ferez entendre, que chose beaucoup adventaigeuse soit, prendre d’une femme, & d’une telle femme, en tel pays, conseil & advis. Ie (dist Panurge) me trouve fort bien du conseil des femmes, & mesmement des vieilles. A leur conseil ie foys tous iours une selle ou deux extraordinaires. Mon amy ce sont vrays chiens de monstre, vrays rubricques de droict. Et bien proprement parlent ceulx qui les appellent Sages femmes. Ma coustume & mon style est les nommer Præsages femmes. Sages sont elles : car dextrement elles congnoissent. Mais ie les nomme Præsages, car divinement elles prevoyent, & prædisent certainement toutes choses advenir. Aulcunesfoys ie les appelle non Maunettes, mais Monettes, comme à Iuno des Romains. Car de elles tousiours nous viennent admonitions salutaires & profitables. Demandez en à Pythagoras, Socrates, Empedocles, & nostre maistre Ortuinus. Ensemble ie loue iusques es haulx cieulx l’antique institution des Germains, les quelz prisoient au poix du Sanctuaire & cordialement requeroient le conseil des vieilles : par leurs advis & responses tant heureusement prosperoient, comme les avoient prudentement receues. Tes-