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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/435

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chapitre xlv.


desolée, & descouverte, comme est à Rome le temple de sainct Pierre. En la chapelle entrez & prenens de l’eaue beniste, apperceusmes dedans le benoistier un home vestu d’estolles, & tout dedans l’eaue caché, comme un Canart au plonge, excepté un peu du nez pour respirer. Au tour de luy estoient troys prebstres bien ras & tonsurez, lisants le Grimoyre, & coniurans les Diables.

Pantagruel trouva le cas estrange. Et demandant quelz ieux c’estoient qu’ilz iouoient là, feut adverty que depuys troys ans passez avoit en l’isle regné une pestilence tant horrible que pour la moitié & plus, le pays estoit resté desert, & les terres sans possesseurs. Passée la pestilence, cestuy home caché dedans le benoitier, aroyt un champ grand & restile, & le semoyt de touzelle en un iour & heure qu’un petit Diable (lequel encores ne sçavoit ne tonner ne gresler, fors seulement le Persil & les choux, encor aussi ne sçavoit ne lire, n’escrire) avoit de Lucifer impetré venir en ceste isle des Papefigues soy recreer & esbatre, en laquelle les Diables avoient familiarité grande avecques les hommes & femmes, & souvent y alloient passer temps. Ce Diable arrivé au lieu s’adressa au Laboureur, & luy demanda ce qu’il faisoit. Le paouvre home luy respondit qu’il semoit celluy champ de touzelle, pour soy ayder à vivre l’an suyvant.

Voire mais (dist le Diable) ce champ n’est pas tien, il est à moy, & m’appartient. Car depuys l’heure & le temps qu’au Pape vous feistez la figue, tout ce pays nous feut adiugé, proscript, & abandonné. Bled semer toutesfoys n’est mon estat. Pourtant ie te laisse le champ. Mais c’est en condition que nous partirons le profict.

Ie le veulx, respondit le Laboureur.

I’entens (dist le Diable) que du profict advenent nous