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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/415

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chapitre xxxix.


plus sont sans comparaison cuisiniers idoines & suffisans, que tous gensdarmes, estradiotz, soubdars, & pietons du monde.

Vous me refraischissez la memoire, dist Pantagruel, de ce que est escript entre les facecieuses & ioyeuses responses de Ciceron. On temps des guerres civiles à Rome entre Cæsar & Pompée, il estoit naturellement plus enclin à la part Pompeiane, quoy que de Cæsar feust requis & grandement favorisé. Un iour entendent que les Pompeians à certaine rencontre avoient faict insigne perte de leurs gens, voulut visiter leur camp. En leur camp apperceut peu de force, moins de couraige, & beaucoup de desordre. Lors prævoyant que tout iroit à mal & perdition comme depuis advint, commença trupher & mocquer maintenant les uns, maintenant les aultres, avecques brocards aigres & picquans, comme tresbien sçavoit le style. Quelques capitaines faisans des bons compaignons, comme gens bien asceurez & deliberez luy dirent. Voyez vous combien nous avons encores d’Aigles ? C’estoit lors la devise des Romains en temps de guerre. Cela, respondit Ciceron, seroit bon & à propous, si guerre aviez contre les Pies. Donques veu que combatre nous fault Andouilles, vous inferez que c’est bataille culinaire, & voulez aux cuisiniers vous rallier. Faictez comme l’entendez. Ie resteray icy attendant l’issue de ces fanfares.

Frère Ian de ce pas va es tentes des cuisines, & dict en toute guayeté & courtoisie aux cuisiniers. Enfans ie veulx huy vous tous veoir en honneur & triumphe. Par vous seront faictes apertises d’armes non encores veues de nostre memoire. Ventre sus ventre, ne tient on aultre compte des vaillans cuisiniers ? Allons combatre ces paillardes Andouilles. Ie