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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/232

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le tiers livre.


meubles & hæritaiges. Quel spectacle pensez vous que ce leurs soit ? Ne croyez, que plus enorme feust la desolation du peuple Romain & ses confœderez entendens le deces de Germanicus Drufus. Ne croyez que plus pitoyable feust le desconfort des Lacedæmoniens, quand de leurs pays veirent par l’adultere Troian furtiuement enleuée Helene Grecque. Ne croyez leur dueil & lamentations estre moindres, que de Ceres, quand luy feust rauie Proserpine sa fille : que de Isis, à la perte de Osyris : de Venus, à la mort de Adonis : de Hercules, à l’esguarement de Hylas : de Hecuba, à la substraction de Polyxene. Ilz toutesfois tant sont de craincte du Dæmon & superstisiosité espris, que contredire ilz n’ausent, puisque le Taulpetier y a esté præsent & contractant. Et restent en leurs maisons priuez de leurs filles tant aimées, le pere mauldissant le iour & heure de ses nopces : la mere regrettant que n’estoit auortée en tel tant triste & malheureux enfantement : & en pleurs & lamentations finent leurs vie, laquelle estoit de raison finir en ioye & bon tractement de icelles. Aultres tant ont esté ecstaticques & comme maniacques, que eulx mesmes de dueil & regret se sont noyez, penduz, tuez, impatiens de telle indignité.

Aultres ont eu l’esprit plus Heroïcque, & à l’exemple des enfans de Iacob vengeans le rapt de Dina leur sœur, ont trouué le ruffien associé de son Taulpetier clandestinement parlementans & subornans leurs filles : les ont sus l’instant mis en pieces & occis felonnement, leurs corps apres iectans es loups & corbeaux parmy les champs. Au quel acte tant viril & cheualereux ont les Symmylles Taulpetiers fremy & lamenté miserablement, ont formé complainctes horribles, & en toute importunité requis & imploré le