Ouvrir le menu principal

Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/104

Cette page n’a pas encore été corrigée
96
le tiers livre.


gruel) il conviendroit que le Mut feut sourd de sa naissance : & par consequent Mut. Car il n’est Mut plus naïf, que celluy qui oncques ne ouyt.

Comment (respondit Panurge) l’entendez ? Si vray feust que l’home ne parlast, qui n’eust ouy parler, ie vous menerois à logicalement inferer une proposition bien abhorrente & paradoxe. Mais laissons la. Vous doncques ne croyez ce qu’escript Herodote des deux enfans guardez dedans une case par le vouloir de Psammetic roy des Ægyptiens, & nourriz en perpetuelle silence ? les quelz après certain temps prononcèrent ceste parolle Becus, laquelle en langue Phrygienne signifie pain ? Rien moins, respondit Pantagruel. C’est abus dire que nous ayons languaige naturel. Les languaiges sont par institutions arbitraires & convenences des peuples : les voix (comme disent les Dialecticiens) ne signifient naturellement, mais à plaisir. Ie ne vous diz ce propous sans cause. Car Barthole. 1. prima de verb. oblig. raconte que de son temps, feut en Eugube un nommé messer Nello de Gabrielis, lequel par accident estoit sourd devenu : ce non obstant entendoit tout homme Italian parlant tant secretement que ce feust, seulement à la veue de ses gestes, & mouvement des baulevres. I’ay d’adventaige leu en autheur docte & eleguant, que Tyridates roy de Armenie, on temps de Neron, visita Rome, & feut receu en solennité honorable, & pompes magnificques affin de l’entretenir en amitié sempiternelle du Senat & peuple Romain : & n’y eut chose memorable en la cité, qui ne luy feust monstrée & exposée. A son departement l’empereur luy feist dons grands, & excessifz : oultre, luy feist option, de choisir ce que plus en Rome luy plairoit, avecques promesse iurée de non l’esconduyre quoy qu’il deman-