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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/257

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Chapitre 5

Des faictz du noble Pantagruel en son jeune eage.

Ainsi croissoit Pantagruel de jour en jour et prouffitoit à veue d'œil, dont son pere s'esjouyssoit par affection naturelle, et luy feist faire, comme il estoit petit, une arbaleste pour s'esbatre après les oysillons, qu'on appelle de present la grand arbaleste de Chantelle ; puis l'envoya à l'eschole pour apprendre et passer son jeune eage.

De faict, vint à Poictiers pour estudier, et y proffita beaucoup ; auquel lieu, voyant que les escoliers estoyent aulcunes foys de loysir et ne sçavoient à quoy passer temps, il en eut compassion. Et un jour print, d'un grand rochier qu'on nomme Passelourdin, une grosse roche, ayant environ de douze toizes en quarré, et d'espesseur quatorze pans, et la mist sur quatre pilliers au milieu d'un champ, bien à son ayse, affin que lesdictz escoliers, quand ilz ne sçauroyent aultre chose faire, passassent le temps à monter sur ladicte pierre et là banqueter à force flacons, jambons et pastez, et escripre leurs noms dessus avec un cousteau, et, de present l'appelle on la Pierre levée. Et, en memoire