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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/203

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la piraticque en toutes les isles Armoricques et regions confines. Il feut en juste bataille navale prins et vaincu de mon pere, auquel Dieu soit garde et protecteur. Mais quoy ? Au cas que les aultres roys et empereurs, voyre qui se font nommer catholicques, l’eussent miserablement traicté, durement emprisonné et rançonné extremement, il le traicta courtoisement, amiablement, le logea avecques soy en son palays, et par incroyable debonnaireté le renvoya en saufconduyt, chargé de dons, chargé de graces, chargé de toutes offices d’amytié. Qu’en est il advenu ? Luy, retourné en ses terres, feist assembler tous les princes et estatz de son royaulme, leurs exposa l’humanité qu’il avoit en nous congneu, et les pria sur ce deliberer en façon que le monde y eust exemple, comme avoit jà en nous de gracieuseté honeste, aussi en eulx de honesteté gracieuse. Là feut decreté par consentement unanime que l’on offreroit entierement leurs terres, dommaines et royaulme, à en faire selon nostre arbitre. Alpharbal, en propre personne, soubdain retourna avecques neuf mille trente et huyt grandes naufzs oneraires, menant non seulement les tresors de sa maison et lignée royalle, mais presque de tout le pays ; car, soy embarquant pour faire voille au vent vesten Nordest, chascun à la foulle gettoit dedans icelle or, argent, bagues, joyaulx, espiceries, drogues et odeurs aromaticques, papegays, pelicans, guenons, civettes, genettes, porcz espicz. Poinct n’estoit filz de bonne mere reputé qui dedans ne gettast ce que avoit de singulier. Arrivé que feut, vouloit baiser les piedz de mondict pere ; le faict fut estimé indigne et ne feut toleré, ains fut embrassé socialement. Offrit ses presens ; ilz ne feurent receupz