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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/195

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ne sortiroient de ceste entreprinse que à leur grand dommaige et malheur, car la puissance de Picrochole n’estoit telle que aisement ne les peust Grandgousier mettre à sac. Il n’eust achevé ceste parolle que Hastivesau dist tout hault :

«  Bien malheureux est le prince qui est de teiz gens servy, qui tant facilement sont corrompuz, comme je congnoys Toucquedillon, car je voy son couraige tant changé que voluntiers se feust adjoinct à noz ennemys pour contre nous batailler et nous trahir, s’ilz l’eussent voulu retenir ; mais, comme vertus est de tous, tant amys que ennemys, louée et estimée, aussi meschanceté est tost congneue et suspecte, et, posé que d’icelle les ennemys se servent à leur profit, si ont ilz tousjours les meschans et traistres en abhomination. »

À ces parolles, Toucquedillon, impatient, tyra son espée et en transperça Hastiveau un peu au dessus de la mammelle guauche, dont mourut incontinent ; et, tyrant son coup du corps, dist franchement :

«  Ainsi perisse qui feaulx serviteurs blasmera ! »

Picrochole soubdain entra en fureur et, voyant l’espée et fourreau tant diapré, dist :

«  Te avoit on donné ce baston pour en ma presence tuer malignement mon tant bon amy Mastiveau ? »

Lors commenda à ses archiers qu’ilz le meissent en pieces, ce que feut faict sus l’heure tant cruellement que la chambre estoit toute pavée de sang ; puis feist honorablement inhumer le corps de Hastiveau, et celluy de Toucquedillon getter par sus les murailles en la vallée.

Les nouvelles de ces oultraiges feurent sceues par toute l’armée, dont plusieurs commencerent murmurer contre Picrochole, tant que Grippepinault luy dist :

«  Seigneur, je ne sçay quelle yssue sera de ceste entreprinse. Je voy voz