Ouvrir le menu principal

Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/187

Cette page n’a pas encore été corrigée


Antoine mettoit le feu es jambes, sainct Eutrope faisoit les hydropiques, sainct Gildas les folz, sainct Genou les gouttes. Mais je le puniz en tel exemple, quoy qu’il me appellast heretique, que depuis ce temps caphart quiconques n’est auzé entrer en mes terres, et m’esbahys si vostre roy les laisse prescher par son royaulme telz scandales, car plus sont à punir que ceulx qui, par art magicque ou aultre engin, auroient mis la peste par le pays. La peste ne tue que le corps, mais telz imposteurs empoisonnent les ames. »

Luy disans ces parolles, entra le moyne tout deliberé, et leurs demanda :

«  Dont este vous, vous aultres pauvres hayres ?

— De Sainct Genou, dirent ilz.

— Et comment (dist le moyne) se porte l’abbé Tranchelion, le bon beuveur ? Et les moynes, quelle chere font ilz ? Le cor Dieu ! ilz biscotent voz femmes, ce pendent que estes en romivage !

— Hin, hen ! (dist Lasdaller) je n’ay pas peur de la mienne, car qui la verra de jour ne se rompera jà le col pour l’aller visiter la nuict.

— C’est (dist le moyne) bien rentré de picques ! Elle pourroit estre aussi layde que Proserpine, elle aura, par Dieu, la saccade puisqu’il y a moynes autour, car un bon ouvrier mect indifferentement toutes pieces en œuvre. Que j’aye la verolle en cas que ne les trouviez engroissées à vostre retour, car seulement l’ombre du clochier d’une abbaye est feconde.

— C’est (dist Gargantua) comme l’eau du Nile en Egypte, si vous croyez Strabo ; et Pline, lib. vij. chap. iij, advise que c’est de la miche, des habitz et des corps. »

Lors dist Grandgousier :

«  Allez vous en, pauvres