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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/186

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Dont Gargantua sortit au devant, et luy feirent le meilleur recueil que peurent, et le menerent davant Grandgousier, lequel l’interrogea de toute son adventure. Le moyne luy disoit tout, et comment on l’avoit prins, et comment il s’estoit deffaict des archiers, et la boucherie qu’il avoit faict par le chemin, et comment il avoit recouvert les pelerins et amené le capitaine Toucquedillon. Puis se mirent à bancqueter joyeusement tous ensemble.

Ce pendent Grandgousier interrogeoit les pelerins de quel pays ilz estoient, dont il venoient et où ilz alloient.

Lasdaller pour tous respondit :

«  Seigneur, je suis de Sainct Genou en Berry ; cestuy cy est de Paluau ; cestuy cy est de Onzay ; cestuy cy est de Argy ; et cestuy cy est de Villebrenin. Nous venons de Sainct Sebastian près de Nantes, et nous en retournons par noz petites journées.

— Voyre, mais (dist Grandgousier) qu’alliez vous faire à Sainct Sebastian ?

— Nous allions (dist Lasdaller) luy offrir noz votes contre la peste.

— O (dist Grandgousier) pauvres gens, estimez vous que la peste vienne de sainct Sebastian ?

— Ouy vrayement (respondit Lasdaller), noz prescheurs nous l’afferment.

— Ouy ? (dist Grandgousier) les faulx prophetes vous annoncent ilz telz abuz ? Blasphement ilz en ceste façon les justes et sainctz de Dieu qu’ilz les font semblables aux diables, qui ne font que mal entre les humains, comme Homere escript que la peste fut mise en l’oust des Gregoys par Apollo, et comme les pœtes faignent un grand tas de Vejoves et dieux malfaisans ? Ainsi preschoit à Sinays un caphart que sainct