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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/179

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mais oncques ne trouverent personne à qui parler, dont repasserent par le dessus, et en la loge et tugure pastoral, près le Couldray, trouverent les cinq pelerins, lesquels liez et baffouez emmenerent comme s’ilz feussent espies, non obstant les exclamations, adjurations et requestes qu’ilz feissent. Descendus de là vers Seuillé, furent entenduz par Gargantua, lequel dist à ses gens :

«  Compaignons, il y a icy rencontre, et sont en nombre trop plus dix foys que nous. Chocquerons nous sus eulx ?

— Que diable (dist le moyne) ferons nous doncq ? Estimez vous les hommes par nombre, et non par vertus et hardiesse ? » Puis s’escria : « Chocquons, diables, chocquons ! »

Ce que entendens, les ennemys pensoient certainement que feussent vrays diables, dont commencerent fuyr à bride avallée, excepté Tyravant, lequel coucha sa lance en l’arrest et en ferut à toute oultrance le moyne au milieu de la poictrine ; mais, rencontrant le froc horrifique, rebouscha par le fer, comme si vous frappiez d’une petite bougie contre une enclume. Adoncq le moyne avec son baston de croix luy donna entre col et collet sus l’os acromion si rudement qu’il l’estonna et feist perdre tout sens et movement, et tomba es piedz du cheval. Et, voyant l’estolle qu’il portoit en escharpe, dist à Gargantua : « Ceulx cy ne sont que prebstres : ce n’est q’un commencement de moyne Par sainct Jean je suis moyne parfaict : je vous en tueray comme de mousches. »

Puis le grand gualot courut après, tant qu’il atrapa les derniers, et les abbastoit comme seille, frappant à tors et à travers.

Gymnaste interrogua sus l’heure Gargantua s’ilz les debvoient poursuivre. À quoy dist Gargantua :

«  Nullement, car, selon vraye discipline militaire, jamais ne fault mettre son ennemy