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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/146

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donnerons sus la Morée. Nons la tenons. Sainct Treignan, Dieu gard Hierusalem ! car le soubdan n’est pas comparable à vostre puissance !

— Je (dist il) feray doncques bastir le Temple de Salomon.

— Non (dirent ilz) encores, attendez un peu. Ne soyez jamais tant soubdain à voz entreprinses. Sçavez vous que disoit Octavian Auguste ? Festina lente. Il vous convient premièrement avoir l’Asie Minor, Carie, Lycie, Pamphile, Celicie, Lydie, Phrygie, Mysie, Betune, Charazie, Satalie, Samagarie, Castamena, Luga, Savasta, jusques à Euphrates.

— Voirons nous (dist Picrochole) Babylone et le Mont Sinay ?

— Il n’est (dirent ilz) jà besoing pour ceste heure. N’est ce pas assez tracassé dea avoir transfreté la mer Hircane, chevauché les deux Armenies et les troys Arabies ?

— Par ma foy (dist il) nous sommes affolez. Ha, pauvres gens !

— Quoy ? dirent ilz.

— Que boyrons nous par ces desers ? Car Julian Auguste et tout son oust y moururent de soif, comme l’on dict.

— Nous (dirent ilz) avons jà donné ordre à tout. Par la mer Siriace vous avez neuf mille quatorze grands naufz, chargées des meilleurs vins du monde ; elles arriverent à Japhes. Là se sont trouvez vingt et deux cens mille chameaulx et seize cens elephans, lesquelz aurez prins à une chasse environ Sigeilmes, lorsque entrastes en Lybie, et d’abondant eustes toute la garavane de la Mecha. Ne vous fournirent ilz de vin à suffisance ?

— Voyre ! Mais (dist il) nous ne beumes poinct frais.

— Par la vertus (dirent ilz) non pas d’un petit poisson, un preux, un conquerent, un pretendent et aspirant à l’empire univers ne peut tousjours avoir ses aizes. Dieu soit loué que estes venu, vous et voz gens, saufz et