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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/130

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d’un bout dont on escharbotte le feu, faisant à sa femme et famille de beaulx contes du temps jadis.

Un des bergiers qui guardoient les vignes, nommé Pillot, se transporta devers luy en icelle heure et raconta entierement les excès et pillaiges que faisoit Picrochole, roy de Lerné, en ses terres et dommaines, et comment il avoit pillé, gasté, saccagé tout le pays, excepté le clous de Seuillé que Frere Jean des Entommeures avoit saulvé à son honneur, et de present estoit ledict roy en La Roche Clermaud, et là en grande instance se remparoit, luy et ses gens.

«  Holos ! holos ! dist Grandgousier, qu’est cecy, bonnes gens ? Songé je, ou si vray est ce qu’on me dict ? Picrochole, mon amy ancien de tout temps, de toute race et alliance, me vient il assaillir ? Qui le meut ? Qui le poinct ? Qui le conduict ? Qui l’a ainsi conseillé ? Ho ! ho ! ho ! ho ! ho ! mon Dieu mon Saulveur, ayde moy, inspire moy, conseille moy à ce qu’est de faire ! Je proteste, je jure davant toy, ainsi me soys tu favorable ! — sy jamais à luy desplaisir, ne à ses gens dommaige, ne en ses terres je feis pillerie ; mais, bien au contraire, je l’ay secouru de gens, d’argent, de faveur et de conseil, en tous cas que ay peu congnoistre son adventaige. Qu’il me ayt doncques en ce poinct oultraigé, ce ne peut estre que par l’esprit maling. Bon Dieu, tu congnois mon couraige, car à toy rien ne peut estre celé ; si par cas il estoit devenu furieux et que, pour luy rehabilliter son cerveau, tu me l’eusse icy envoyé, donne moy et pouvoir et sçavoir le rendre au joug de ton sainct vouloir par bonne discipline.

«  Ho ! ho ! ho ! mes bonnes gens, mes amys et mes