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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/116

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la continuation tant doulx fut, legier et delectable, que mieulx ressembloit un passetemps de roy que l’estude d’un escholier.

Toutesfoys Ponocrates, pour le sejourner de ceste vehemente intention des esperitz, advisoit une foys le moys quelque jour bien clair et serain, auquel bougeoient au matin de la ville, et alloient ou à Gentily, ou à Boloigne, ou à Montrouge, ou au pont Charanton, ou à Vanves, ou à Sainct Clou. Et là passoient toute la journée à faire la plus grande chère dont ilz se pouvoient adviser, raillans, gaudissans, beuvans d’aultant, jouans, chantans, dansans, se voytrans en quelque beau pré, denichans des passereaulx, prenans des cailles, peschans aux grenouilles et escrevisses.

Mais, encores que icelle journée feust passée sans livres et lectures, poinct elle n’estoit passée sans proffit, car en beau pré ilz recoloient par cueur quelques plaisans vers de l’Agriculture de Virgile, de Hesiode, du Rusticque de Politian, descripvoient quelques plaisans epigrammes en latin, puis les mettoient par rondeaux et ballades en langue françoyse.

En banquetant, du vin aisgué separoient l’eau, comme l’enseigne Cato, De re rust, et Pline, avecques un guobelet de lyerre ; lavoient le vin en plain bassin d’eau, puis le retiroient avec un embut, faisoient aller l’eau d’un verre en aultre ; bastissoient plusieurs petitz engins automates, c’est à dire soy mouvens eulx mesmes

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