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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/398

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Je m’ennuie trop de mon silence. Les morts sont morts. S’il faut les réveiller, je retentis mieux que la lyre.



Les Clairons.

S’il faut combattre, je vais hennir avec ma bouche d’airain.



La Lyre.

Alléluia ! Alléluia ! Plus de mort ! Plus de guerre ! Plus de larmes ! Toute douleur est consolée, quand je résonne.

Voyez ! Deux âmes amoureuses qui ont longtemps pleuré, et dont un poëte m’a parlé, vivent ici dans un même sein, dans un même cœur, et ne font plus qu’un ange. Comme la couvée d’une hirondelle de printemps, tous deux ils se voient rassemblés en un seul être, sous une même aile transparente. Dans une seule poitrine tressaillent deux bonheurs, deux souvenirs, deux mondes. Moitié homme, moitié femme, pour deux vies ils n’ont qu’un souffle.

Et, quand ils effleurent mes cordes, ils n’ont tous deux qu’une bouche pour dire : est-ce ta voix ? Est-ce la mienne ? Je n’en sais rien.



Ainsi, désormais, cieux et terre sont fiancés.

C’est au bout de l’univers qu’ils se doivent marier. Ensemble ils seront un archange infini, qui sous son vol cachera toute vallée amère. La terre sera le corps plus vil, et plus pesant pour ramper. Les cieux seront les ailes azurées, déployées et plus sublimes pour planer. Le cortège qui les suivra sera riche et populeux.

Ce sont les étoiles du matin, les plus diligentes, puis celles du soir