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ples, Ni le baume, ni la plaine, ni le mont, ni le désir, ni le regret, et qui croît encore dans la mort, comme une fleur dans son vase.

Nos histoires sont différentes ; nos paroles le sont aussi ; mais toutes elles ont le même sens.

Dans maints endroits, nous avons vécu loin les unes des autres. Par la douleur, nous nous touchions, sans le savoir. Dans nos pleurs, dans nos chants, dans nos soupirs, nous sommes, l’une après l’autre, l’écho toujours répété du grand amour qui fit les cieux si beaux pour durer, et le monde si triste pour mourir.



Le Poète.

Passez seulement et pleurez. à ses larmes plus divines, je saurai bien connaître celle qui me peut ressusciter.



(l’une après l’autre, les âmes des ressuscitées sortent de terre et passent.)



Sapho.

J’étais Sapho de Lesbos, quand Phaon était sur terre.


La mer, la vaste mer, où je me suis précipitée, n’a pas noyé dans son abîme mon désir. Avec ma lyre, l’océan m’a bercée pendant l’éternité sur ses meilleures rives. Rien qu’une larme, sur son sein, de celui qui m’en fit tant verser, m’aurait plus rassasiée que tous les flots de Leucade et d’Asie qui ont baisé mes lèvres, et qui s’en sont lassés sans m’avoir désaltérée.



Héloïse.

J’étais Héloïse, quand lui s’appelait Abailard.

Les cieux, les vastes cieux, plus grands que la mer d’Asie, ne sont pas assez grands pour l’amour de mon âme. Les piliers du cloître n’ont pas refroidi mon sein ; mon espérance a couvé sous la mort. Plus d’une fois, sous mes dalles, je me suis relevée sur mon séa