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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VIII, 1858.djvu/188

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fois, le jour de la mort du Christ ? T’en souviens-tu, quand tous les anges (tu étais au milieu d’eux) se penchaient sur les nuages et pleuraient ? Quand le Christ s’appuya sur la maison d’Ahasvérus et maudit Ahasvérus, t’en souviens-tu ?



Rachel.

Est-ce Ahasvérus que vous avez dit ?



Mob.

Et, quand tous les anges ont frémi de colère, qui est-ce qui a eu une larme dans ses yeux pour Ahasvérus ? Qui l’a regardé d’en haut avec pitié ? Qui a oublié, pendant le battement d’ailes d’un vautour, le Christ, le Christ mourant, pour Ahasvérus vivant, pour Ahasvérus immortel, pour Ahasvérus errant ? Puis, à qui la voix de Dieu a-t-elle parlé quand elle a dit : tu ne seras plus un ange de vie, tu seras un ange de mort ; tu ne vivras plus dans la ville du ciel, tu vivras dans la maison de Mob ; tu seras à elle pour allumer son feu, pour lui chanter des cantiques, pour boire la cendre qui reste au fond de son verre ? Et aujourd’hui, qui est à moi, tout à moi, chair et os ? Qui arrose, sur ma fenêtre, mes bouquets de soucis et de veuves, si ce n’est pas Rachel, Rachel, l’archange aux ailes bleues, aux yeux couleur du ciel, aux cheveux qui secouaient la lumière autour d’eux ; qui apprenait à épeler une à une sur son livre, aux enfants de la ville de Dieu, les notes de la musique du ciel ? Cette Rachel me méprise, je le sais. Elle n’a plus ses ailes pour voler, et les pensées de son cœur s’envolent de ma maison comme une vapeur qui s’élève, le soir, de l’herbe fauchée. Elle n’a plus sa viole pour chanter, et elle bourdonne encore à la fenêtre des airs qui arrêtent les passants. Qu’es-tu pour faire fi de moi ? Tu avais une auréole autour de ta tête ; à présent tes cheveux sont liés dans la plaque d’argent d’une fille de Worms.