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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/326

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Puis il avait d’avance, au cœur de son royaume,
Comme un bon forgeron, sur la place Vendôme,
Bâti sa tour de fer en la grande cité,
Pour y passer les jours de l’immortalité.

Et la tour s’est levée ; un éclair la sillonne.
Son haut créneau surgit ainsi qu’une couronne
Sur le front d’un géant. Quand son hôte est absent,
L’orage jour et nuit l’habite en gémissant.
La foudre se balance au pan de sa muraille,
Ainsi qu’au baudrier un sabre de bataille.
Plus fière que Babel et plus noble cent fois !
(car elle a mis son pied sur les rêves des rois),
Les peuples élevaient leur espoir à sa cime.
À toute heure son seuil s’entr’ouvrait sur l’abîme.
De son sommet de gloire à l’horizon lointain,
Son front était penché sur le néant humain.
Par ses sentiers d’airain pour eux foulés d’avance,
Les soldats morts au loin arrivaient en silence ;
Et par mille chemins qu’ignorent les vivants,
Autour de la colonne ils reprenaient leurs rangs !
Tous habillés de fer, tous penchés sur la nue,
Ils attendaient leur chef pour passer la revue.
Et les chevaux de bronze, attelés à ses chars,
Le cherchaient, haletant, autour des hauts remparts.
Et les aigles de bronze, au loin battant de l’aile,
Sur ses pas appelaient leur couvée éternelle ;
Et la foule muette, au visage de fer,
Le voyait, ou croyait le voir dans chaque éclair.