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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/323

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Pour de vulgaires soins naissent des jours vulgaires ;
Et l’on ne verra plus, sous leurs tentes guerrières,
Les peuples suspendus aux lèvres du clairon ;
Le siècle reculer à l’approche d’un nom ;
Ni sous le cavalier, ainsi que des cavales,
Bondir en leurs sentiers les nations rivales.
Celui qui chantera les jours évanouis,
Sous la corde d’airain vieux trésors enfouis,
Celui-là de l’oubli sentira la morsure.
Il sèmera la gloire et cueillera l’injure.
La foule passera, disant : va, troubadour,
Chante-nous des chansons et des sonnets d’amour.
Le Tage et le Niémen, dans un même vertige,
Ne retentiront plus du bruit que fait l’Adige.
Dans le sillon banal où se suivent les rois
L’avenir germera sous la glèbe des lois.
Mais le vieux grenadier, immobile à sa place,
Attendra vainement que son empereur passe.
Le peuple qui s’éveille, altéré sur le Rhin,
N’ira plus se chercher son puits vers le Jourdain.
De vides majestés en leur vide royaume
Du géant du tombeau singeront le fantôme ;
Mais le vieux mamelouk, sur son seuil entr’ouvert
Attendra vainement le sultan du désert.
Car celui qui de Tyr soulevait la poussière,
Celui qui retenait la langue prisonnière,
Celui qui sut dorer le frein des nations,
Albion l’a reçu sous ses hauts pavillons !