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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/322

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Car les temps sont changés ; et l’insecte qui gronde
Parle aujourd’hui plus haut que le maître du monde.
Le flot creuse en passant le tombeau comme un port,
Et le mort le remplit tout entier jusqu’au bord.
Les jours évanouis sont scellés sous sa pierre ;
Tout un monde avec lui séjourne en sa poussière ;
Le monde des héros, des armes, des hasards,
Des casques, des clairons, des hardis étendards ;
Et quand le flot le berce en son étroit empire,
Dans sa tombe avec lui l’éternité soupire.
Car le joug de l’épée est brisé désormais ;
Le cheval de bataille a quitté son harnais.
Le glaive a renié le glaive pour son frère ;
La tente a disparu sous son toit éphémère ;
Le bras a fait son œuvre, et le bras s’est lassé.
Sa force était son droit ; son empire est passé.
Aujourd’hui l’épouvante a vaincu le courage ;
La langue au lieu du bras gouverne sans partage.
La pensée indocile a rompu son lien.
En son rêve abritée, et sans affronter rien,
Ni le chaud, ni le froid, ni les hautes murailles,
Elle cueille en un jour le fruit de cent batailles.
Sur son trône incertain, un tremblant avenir
Découronne en rampant le lointain souvenir.
L’heure passe et s’enfuit. Le lendemain arrive ;
Le passé triomphant s’éloigne sur sa rive.
Entre cette heure et l’autre est une éternité !
Entre ce monde et nous surgit l’immensité !