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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/321

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Et la terre écoutait, muette, aride, nue ;
Et ces veuves disaient, en attristant la nue :

—Moi, je m’appelle Arcole ! Et je vis au désert ;
Impure est la maremme où mon sentier se perd.
Celui-là me connaît, qui fit ma pyramide.
Aujourd’hui les chevreaux rongent ma rive humide ;
Mais j’éveillai le siècle en mon lit de limon,
Et mon fleuve pesant murmure encor mon nom.
—Moi, je suis Aboukir ! Ma citerne est tarie.
Mon palmier s’est brisé sur sa tige flétrie.
Celui qui sur mon front attacha mon turban
Ne redescendra plus des sentiers du Liban.
Mais, au jour de sa faim, le lion de Damiette
Se souviendra des os que Gaza me rejette.
—Vous souvient-il de moi ? Mon nom est Marengo !
Mon pas retentissant émeut encor l’écho.
J’ai, du vin des combats dans ma coupe féconde,
Aux lèvres de Desaix désaltéré le monde,
Quand le premier consul, pour lier ses faisceaux,
Cueillait ma vigne en fleur, sous mes sanglants arceaux.
—Les cieux s’en souviendront, si la terre l’oublie !
Moi, je suis Waterloo ! Ma coupe n’est que lie.
Que le serpent tout seul y boive son venin !
C’est moi qui renversai le géant par le nain.
C’est moi qui veux pleurer ; car là, sous mes broussailles,
C’est moi, moi, qui semai l’épi des funérailles. Chœur.
—Non, pleurons tous ensemble ; et de nos mille voix
Faisons un même chœur qui s’ébranle à la fois.