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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/318

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L. LE TOMBEAU

 
" Il est temps, fossoyeur ! Lève-toi ! Prends ta pelle !
Va creuser, avant l’aube, une tombe nouvelle,
Étroite, abandonnée à tous les vents du nord.
—En quel lieu ? -Sur ce roc. -Comment est fait le mort ?
—Qu’importe s’il fut grand, petit, ou fol, ou sage ?
Il est ce qu’ils sont tous, et n’est pas davantage.
—Quel nom faut-il graver sur l’airain ? -Point de nom.
Le mort connaît le mort ; la tombe son limon.
—Quel écusson faut-il ciseler sur la pierre ?
Combien de pleurs de marbre et quelle humble prière ?
—Ni larmes, ni prière. Au lieu de ton ciseau,
La foudre gravera l’écusson du tombeau. "
Lentement un cercueil passe sur la colline ;
Plus lentement encor, l’herbe après lui s’incline.
Pas à pas sur l’essieu de son char qui descend,
La pierre du chemin le cahote en passant ;
Ainsi qu’un char rustique, au bout de la journée
Qui ramène des champs la moisson de l’année.
La moisson de l’année et de l’éternité,
En son champ ténébreux, mûrie avant l’été !
Puis après le cercueil, qui suivait le cortége ?
Tous les aigles de mer, que la tempête assiége.
Et l’orage après eux s’abritait dans le port ;
Et la tombe disait : est-il vrai qu’il est mort ?