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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/315

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J’ai du vague avenir dénoué par l’épée
Dans ses nœuds gordiens l’énigme enveloppée.
J’ai repétri le monde ; et dans ma large main
Façonné le limon d’un nouveau genre humain ;
J’ai fait dans mon abîme, où je me vois descendre,
Une place au passé pour y semer sa cendre.
Pour toujours, j’ai donné, prodigue du tombeau,
Au glaive sa boisson, sa pâture au corbeau.
Pour toujours, désormais, l’épée est émoussée ;
Sa soif est assouvie et sa faim est passée.
Dans ce flot qui s’écoule et qui me survivra,
Je la rejette au loin… qui la ramassera ?
Des sépulcres blanchis j’ai semé la poussière ;
Des états dispersés j’ai rompu la barrière ;
De cent peuples errants aux visages divers
J’ai fait un même peuple, un monde, un univers.
Des siècles en un jour j’ai corrigé l’injure,
Et ma lance partout a guéri sa blessure.
J’ai tenu rassemblé sous mon glaive tranchant
Le nord… puis le midi, le levant, le couchant ;
J’abaissais, comme un homme, au gré de ma pensée,
La cime au haut des monts sur la cime entassée ;
Et puis, à l’avenir les pas de mon cheval
Sur le sable traçaient son chemin triomphal.
Quand j’avais fait mon œuvre, au bout de ma journée,
Je me couchais content sur ma gerbe fanée.
Puis, la saison changée, autres soins, autres jours !
Soi-même rejeter, de sa main, aux vautours,