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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/313

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Et c’est aussi pourquoi, dans ton nid de pirate,
Tes lords, aux cheveux roux, quand la tempête éclate,
Avant que ton mât tremble et que l’éclair ait lui,
Ont le front si livide et si chargé d’ennui.
Car, ils savent aussi, ces fils de Jean-Sans-Terre,
Que la haine n’est pas toujours si débonnaire,
Qu’il est une justice en toute iniquité ;
Et qu’il est une place en la vieille cité,
Où le peuple s’entend à traîner sur la claie
Les beaux seigneurs normands qui chatouillent sa plaie.
Car le jour va venir qui séchera ton cœur
Où, comme des vautours que chasse l’oiseleur,
Tes vaisseaux dispersés, haletants, traînant l’aile,
Chercheront Albion sur sa grève infidèle ;
Et, te trouvant absente et ton destin fini,
Ils penseront entre eux : où donc est notre nid ?


XLIX. LONGWOOD

 
Mais lui, pâle, mourant, tout courbé sur sa cime,
Disait : -Amis, c’est bien. Remercions l’abîme,
Et Longwood et son roc, et sa dure prison.
Sans eux je n’eusse été qu’un fantôme sans nom ;
Un orage qui gronde au plus haut de sa nue,
Une fable ! Un mystère ! Une énigme inconnue.
Mais, grâce à cet écueil où plonge mon regard,
Ma vie ici s’explique et se montre sans fard.