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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/307

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Il grandit en marchant. -sire, c’est la poussière
De votre armée au loin muette avant-courrière.
—Oh ! Non ; non, ce n’est pas la poudre du chemin.
Ce sont de noirs vautours, messagers du destin.
—Ce sont des cavaliers, au funeste message,
Plus nombreux que le sable, et plus prompts que l’orage ;
Sire ! Leur lance est longue, et mortel est son dard.
C’est dans la main des nains le glaive du hasard. "
Alors on entendit, au loin, là, dans la plaine,
Une voix qui criait, terrible et surhumaine :
" Sauve qui peut ! Tout est perdu… " Puis dans leur cœur
Sentant alors entrer l’aiguillon du seigneur,
Les hommes, les chevaux, à la selle fumante,
Se prirent à trembler d’une immense épouvante.
Et puis, l’heure sonna… tout fut fini d’abord.
Tout était vie, espoir… tout fut silence et mort !
Sous un souffle invisible, une innombrable armée
Se dissipa dans l’air ainsi qu’une fumée ;
Et, par mille chemins, sans vestige et sans bruit,
Une foule sans nom, pâle, s’évanouit.
Seulement, on crut voir… oh ! Oui, l’on vit dans l’ombre
Un cavalier errant à travers la nuit sombre,
Qui courait au-devant du glaive du vainqueur.
Mais le glaive lassé s’émoussa sur son cœur ;
Et lui, désespéré, cherchait son grand royaume,
Et partout ne trouvait plus rien que son fantôme.
Et la nuit était calme, et son front radieux.
La lune épanouie à la cime des cieux