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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/303

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Plus près ! Plus près encor ! Poitrine sur poitrine !
Sang pour sang ! Mort pour mort ! Ruine pour ruine !
Garde à vous ! Tout va bien. Le boulet suit l’éclair.
Il pleut, il pleut du fer, quand les cieux sont de fer.
La terre au loin pâlit où la bombe l’effleure.
Si le glaive poursuit sa tâche encore une heure,
Demain qui survivra pour creuser les tombeaux ?
La source des vivants se tarit en ses flots.
Tout va bien, l’œuvre avance ; et la journée est belle ;
Jusqu’en ses fondements la bataille chancelle.
Sur le bord de son aire, où plane le destin,
L’armée a secoué ses deux ailes d’airain,
Et du bec et de l’ongle aiguisant leur armure,
À ses petits aiglons divisé leur pâture.
Tout va bien ; et le fruit mûrit sur l’espalier.
Après le fantassin, vienne le cavalier
Pour le cueillir sans peine ! Et vienne aussi sans guide,
Après le cavalier le vautour homicide !
Puis après le vautour, viennent les noirs corbeaux
Pour achever demain le festin des héros.
Quand les vivants sont las, si leur colère tombe,
L’empereur leur sourit, comme un roi de la tombe,
Sur son tertre monté, qui caresse le flanc
De son pâle cheval aux crins souillés de sang ;
En sa nue orageuse il cherche son étoile,
" Là-bas vers ce clocher où l’horizon se voile. "
Et les morts, oui, les morts, oubliant leur blessure,
Reprennent leur colère et leur pesante armure.