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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/301

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Le jour luit ; mais ce soir, avant la nuit profonde,
Oui, ce soir, non plus tard, à qui sera le monde ?
Qui restera debout, l’insecte ou le géant,
Le passé, l’avenir, le siècle ou le néant ?
Empire, peuple ou roi, quelle herbe moissonnée
Sera loin de son champ rejetée et fanée ?
Le jour luit… mais, ce soir, qui portera le deuil ?
Qui cherchera son nom épars sur son écueil ?
Et lequel vaut le mieux, quand on joue un royaume,
Ou l’homme ou le hasard, le brin d’herbe ou de chaume,
Ou l’hysope ou le cèdre, ou la haine ou l’amour ?
Il le faut décider avant la fin du jour.
Pour la dernière fois, sur sa cime escarpée,
Ah ! Comment combattra l’épée avec l’épée ?
Avant de dépouiller pour jamais son cimier,
Comment luira le casque au front du cavalier ?
Et comment les chevaux, à l’écume sanglante,
Ce soir, rongeront-ils le frein de l’épouvante ?
Il pleut ! Le chaume tremble et siffle au bord de l’eau ;
Et la grêle a brisé le toit de Waterloo.
Le tonnerre bondit comme un fléau sur l’aire….
Non ! Ce n’est pas la grêle ; et là-bas, le tonnerre
N’a jamais retenti. Ce sont des escadrons
Qui s’écroulent ensemble à la voix des clairons.