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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/294

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Demain le rossignol chantera sous les saules ;
Demain reverdira le vieux chêne des gaules ;
Mais demain ni jamais les pas de l’étranger
Ne pourront, sur le roc, s’effacer ni changer.

Désespoir ! Désespoir ! En tous lieux, à toute heure,
N’avoir plus sous son toit, ni place, ni demeure,
Ni couche, ni festin, ni feu, ni loi, ni droit !
À la face du monde être montrés du doigt,
Muets, sans nom, sans chefs, dépouillés par le faîte,
Ainsi qu’un grand cadavre à qui manque la tête !
Trouver partout son maître au bout de son sentier !
Le retrouver encore auprès de son foyer !
Sur son banc, à sa table, en son lit adultère ;
Et ne pouvoir parler, et ne pouvoir se taire !
N’avoir plus d’un état que le pâle semblant !
Être une ombre, en effet, qui s’efface en tremblant !
L’ombre d’un peuple mort ! Moins que cela, peut-être,
Une fable, un jouet, pour amuser son maître,
Un vieux conte oublié qu’apprennent les enfants !
Vivants, être rayés du nombre des vivants,
Comme un mot, par hasard, mal écrit sur le sable !
C’est là, c’est là la plaie immense, inguérissable !
Car voilà vers le soir, pour couronner le deuil,
Qu’une race de rois scellée en son cercueil,
Fantôme de mille ans qui convoite un fantôme,
A secoué sa cendre et cherché son royaume.
Pèlerins du tombeau, sans joie et sans remords,
Ils ont dit : levons-nous ! Et régnons sur les morts.