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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/291

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XLI. L’INVASION

 
Et maintenant, c’est l’heure où la terre des gaules
Gémit, comme une harpe, à l’ombre des vieux saules.
Des fleuves murmurants, des lacs et des vallons,
Des bois, des monts ombreux où nichent les aiglons,
Et de l’anse des mers où la vague retombe
Un immense soupir sort d’une immense tombe.
Car ils sont morts, au loin, en mille champs épars,
Ceux qu’elle avait nourris des os des léopards.
Car ils sont morts, au loin, ceux qui portaient l’épée
Et la lance au long bras, toujours de sang trempée ;
Et rien ne reste d’eux pour défendre leurs toits,
Hors leurs petits enfants cachés au fond des bois.
Dans le pli du rocher, dans l’antre de la grotte,
La bruyère soupire et la brise sanglote.
Car ils sont morts, là-bas, et gisent sans tombeaux,
Pâles, nus, déchirés sous l’ongle des corbeaux,
Ceux qui, pour mieux hâter leurs lentes funérailles,
Pressaient de l’éperon les chevaux de batailles.
Et ceux qui se courbaient sur le bord de l’arçon,
Comme les moissonneurs au bord de leur sillon ;
Et ceux qui combattaient comme des tours vivantes ;
Et tous les fils du glaive, errants, loin de leurs tentes ;
Le glaive a délié leurs cuirasses d’airain,
Et l’aiguillon de mort est entré dans leur sein.