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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/194

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Que sous l’ombre de Rivoli
Votre front encore a pâli ;
Et que la soif et le carnage
Ont tant maigri votre visage ?

Toutes les nuits je vous attends,
Et sans dormir je compte l’heure.
Toutes les nuits, sans vous, je pleure
Sitôt que grondent les autans.
Quand reviendrez-vous de la guerre ?
Pour recommencer vos combats,
Avez-vous donc de leur poussière
Ressuscité vos vieux soldats ?
Voulez-vous au bout de la terre,
Tout sanglants, sans pain, sans souliers,
Traîner ces fantômes à pieds
Dans votre fantôme de gloire ?
Pour me revoir attendez-vous
Que je me meure à vos genoux ;
Qu’à votre front chaque victoire
Mette une ride pour bandeau ;
Que vous ployiez sous le fardeau,
Ou qu’une blessure éternelle
Glace votre cœur plus froid qu’elle ;
Ou que vos grenadiers en deuil
Vous embaument dans le cercueil ?
Si vous m’aimez, quittez l’armée,
Quittez les camps et la fumée.
Je ne rêve, si je m’endors,
Que de hiboux, d’oiseaux des morts,
Je n’en puis dire davantage.
Ah ! Revenez, sinon je meurs.
Je vous écris avec mes pleurs.
Adieu ! J’attends votre message. "