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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/88

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Oui, je n’hésite point à le dire, à force d’analyse, de méthode et de critique, non-seulement les Arts perdent la faculté d’émouvoir ; mais, ce qui est pire encore, nous perdons nous-mêmes la faculté d’être émus. À force de réduire les artistes et leurs ouvrages à la nécessité de s’adresser au seul organe du jugement, au seul tribunal de la critique, nous enlevons à l’Art cette propriété qu’il avait de rendre ses œuvres éloquentes, alors qu’il régnait un concert de sentimens entre elles, et l’objet moral de leur destination, et les affections de ceux auxquels elles s’adressaient.

Mille autorités, mille exemples prouvent que les Grecs, qui, sans aucun doute, portèrent bien plus loin que nous la perfection technique et scientifique de leurs ouvrages, eurent aussi bien plus de soin que nous de tout ce qui pouvait les faire valoir par l’effet des accompagnemens, par leur liaison avec toutes les impressions locales et accidentelles, par tous les moyens enfin qui peuvent y accroître, de l’illusion légitime des sens et des yeux, les jouissances du goût et de l’esprit. Qu’on explique comment il se fait que l’on y découvre des raffinemens d’exécution, et les re-