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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/86

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facile montée. Parvenu à la cime, et supérieur à la région des nuages qu’il a laissés sous ses pieds, il rencontre, un modeste ermitage aux soins duquel est confiée la caverne où vécut, dit-on, et mourut la patronne de Palerme. Une lampe religieuse qui y brûle jour et nuit en éclaire la modique enceinte, et fait apercevoir, dans un de ses côtés, l’enfoncement qui servit de lit à la pieuse solitaire. On avance : ô surprise !… on l’y voit encore. Le bronze et l’albâtre se sont réunis sous la main de l’Art pour la représenter mourante dans l’attitude de la résignation, et avec l’expression d’une douleur mêlée d’espérance.

La crédulité, et cette sorte de prestige qui naît d’un certain mélange de l’imitation avec la réalité, contribuent, je le sais, et j’en fus témoin ici, à opérer sur l’imagination des gens simples quelques impressions qui sont hors du domaine de l’Art. J’ai vu, autour de cette grotte, se produire tous les genres d’illusion : les uns fondaient en larmes muettes d’attendrissement et de pitié ; les autres adressaient à la sainte les discours les plus touchans ; d’autres la priaient, l’exhortaient ; tous croyaient la voir, tous croyaient lui parler.

J’examinai cet ouvrage de l’Art, mais plus encore les impressions qu’il produisait : l’ouvrage est