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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/84

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Loin donc de dépouiller les monumens de tous ces accessoires de moralité, qui donnent aux uns la valeur qu’ils n’ont pas, et aux autres une valeur de plus, c’est à les multiplier autour d’eux, c’est à augmenter en eux l’action du sentiment, que doit conduire la saine théorie de leurs effets. Souvent tout le secret de leurs impressions consiste dans celui de leur destination, et le pouvoir de celle-ci s’attache, plus souvent qu’on ne peut dire, au lieu même pour lequel l’ouvrage fut fait. Mille petits intérêts qui ne peuvent se détacher du local, font de leurs charmes accessoires le charme principal de l’objet même ; toujours ils ajoutent à sa beauté ; quelquefois même ils y suppléent.

Que d’exemples célèbres ne pourrait-on pas citer à l’appui de cette vérité ! J’en veux produire un qui, pour être moins connu, n’en sera peut-être pas moins propre à la faire sentir.

Près de la ville capitale de la Sicile, s’élève une haute montagne qui domine la vaste étendue de la mer, et protège cette grande cité. Ce mont, jadis inaccessible au voyageur, avait été la retraite d’une jeune vierge issue du sang des rois. À l’âge où le cœur s’ouvre aux jouissances de la vie, la jeune