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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/74

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jouissances du sentiment ? Il n’y a ni méthode, ni théorie qui ait prise sur lui, et puisse lui donner des lois. Lui seul est son législateur. Le sentiment est la puissance vitale des Arts. Il n’appartient qu’aux usages et aux institutions d’en comprimer ou d’en favoriser l’action, et tout ce qu’on peut dire à cet égard, c’est que cette faculté n’a de force chez les artistes qu’en proportion de l’empire qu’elle exerce sur le public. Le sentiment est essentiellement sympathique. Les belles choses développent en nous le sentiment du beau ; mais ce sentiment, développé dans une nation, réagit de toute la puissance d’une affection générale sur le génie des artistes. Tout ce qui tend à accroître l’amour des beaux ouvrages, tout ce qui tend même à les faire paraître et croire plus beaux qu’ils ne sont, tend à en faire produire de plus beaux encore : et de toutes les manières de favoriser les artistes, la plus utile serait peut-être de favoriser l’amour de leurs ouvrages.

J’ai fait voir que le spectacle des ouvrages d’Art, dans les cabinets et dans les collections, loin d’aviver en nous ce sentiment, qui est le véritable appréciateur du beau, tendait au contraire à lui substituer l’esprit oiseux de la curiosité, ou l’esprit froidement observateur de la critique. Mais il y a une