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Page:Quérard - La France littéraire, t. 1, 1827.djvu/10

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compte qu’un très-petit nombre de personnes qui s’en occupent avec distinction. D’où vient que lorsqu’en France on cultive toutes les sciences avec ardeur, l’on est indifférent pour celle-ci ? On pourrait assigner à cet éloignement deux causes principales : c’est que la récompense, du bibliographe est tout entière dans la reconnaissance de quelques amateurs éclairés, et qu’on croit généralement qu’un peu de mémoire, et l’habitude de manier des livres, constituent le mérite de celui qui veut s’y livrer.

Si la science de la Bibliographie n’exige pas les dons brillants de l’imagination, elle demande plusieurs qualités secondaires dont l’assemblage n’est pas moins rare. Avec un certain degré d’universalité d’esprit, et des connaissances spéciales en histoire littéraire, le vrai bibliographe doit être doué d’un goût exercé, d’une exactitude scrupuleuse, d’une conscience délicate, d’un esprit d’ordre nécessaire dans la classification, souvent arbitraire, des productions de l’intelligence humaine ; enfin et par dessus tout, d’une patience à toute épreuve. Non seulement la science des livres s’allie très-bien avec les dons les plus éminents de l’esprit, mais encore lui est souvent d’un grand secours. Naudé, Baillet, Bayle, La Monnoie, Larcher, Camus, Langlès, Chardon de la Rochette, et de nos jours, MM. Daunqu, Barbier, Weiss, Beuchot, et quelques autres, ont dû. sans doute à l’étendue de leur érudition bibliographique, une foule de découvertes intéressantes, de rapprochements ingénieux, qui ont ajouté à la réputation qu’ils possèdent à plus d’un titre.

C’est avec ce cortège de connaissances et de qualités, que plusieurs savants se sont partagé le vaste champ bibliographique, et ont mérité les éloges des amis des lettres, en remplissant dignement la tâche qu’ils s’étaient imposée; mais l’immensité du travailles ayant engagés constamment à restreindre leur plan à des spécialités, pu à effleurer simplement l’universalité des sujets, nous avons cru que, sans posséder leurs facultés, nous pourrions encore donner un livre utile : nous avons cru qu’avec un peu de goût et une patience que dix années de constants efforts n’ont pas lassée, il ne nous serait pas impossible de rallier, pour ainsi dire, nos devanciers, et de réunir en un seul corps toutes leurs précieuses recherches, afin d’offrir à la France une Bibliographie nationale.

Un tel recueil nous manquait ; et l’on pourrait s’étonner que la France, dont la langue et la littérature sont universelles, fut peut-