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répondre par son maître, qui était aussi son ami, ne craignit pas de le faire en termes si nets et si tranchants qu’il fut entendu de tout le salon où se jouait pourtant à gros bruit un fort lansquenet. Il déclara que, fort attaché à la grandeur de sa maison, il ne croyait pas pourtant que cet attachement l’aveuglât et lui fit rien dérober à quiconque, quand il trouvait qu’il était — pour ne pas dire plus — un aussi grand seigneur que le prince Murat; que pourtant il avait toujours cédé le pas au duc de Gramont et continuerait à faire de même. Sur quoi le roi fit faire défense au prince Murat de ne prendre en nulle circonstance plus que la qualité d’Altesse et le traversement du parquet. Le seul qui eut pu y prétendre était Achille Murat, parce qu’il a des prérogatives souveraines dans la Mingrélie qui est un Etat avoisinant ceux du czar. Mais il était aussi simple qu’il était brave, et sa mère, si connue pour ses écrits et dont il avait hérité l’esprit charmant, avait bien vite compris que le solide et le réel de sa situation était moins chez ces Moscovites que dans la maison bien plus que princière qui était la sienne, car elle était la fille du duc de Rohan-Chabot.

Le prince J. Murat ploya un moment sous l’orage, le temps de passer ce fâcheux détroit, mais il n’en fut pas davantage et on sait que maintenant, même à ses cousins, les lieutenants-généraux ne font point difficulté, sans aucune raison qui se puisse approfondir, de donner le Pour et le Monseigneur, et le Parlement, quand il va les complimenter, envoie ses huissiers les baguettes levées, à quoi Monsieur le Prince avait eu tant de peine d’arriver, malgré le rang de prince du sang. Ainsi tout décline, tout