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tombé, encore que premier prince du sang, à s’adonner à la chimie, à la peinture, à l’Opéra, dont les musiciens venaient souvent lui apporter leurs livres et leurs violons qui n’avaient pas de secrets pour lui. On a vu aussi avec quel art pernicieux ses ennemis, et par-dessus tous le maréchal de Villeroy, avaient usé contre lui de ce goût si déplacé de chimie, lors de la mort étrange du dauphin et de la dauphine. Bien loin que les bruits affreux qui avaient été alors semés avec une pernicieuse habileté par tout ce qui approchait la Maintenon eussent fait repentir M. le duc d’Orléans de recherches qui convenaient si peu à un homme de sa sorte, on a vu qu’il les avait poursuivies avec Mirepoix, chaque nuit, dans les carrières de Montmartre, en travaillant sur du charbon qu’il faisait passer dans un chalumeau où, par une contradiction qui ne se peut concevoir que comme un châtiment de la Providence, ce prince qui tirait une gloire abominable de ne pas croire en Dieu m’a avoué plus d’une fois avoir espéré voir le diable.

Les affaires du Mississipi avaient tourné court et le duc d’Orléans venait, contre mon avis, de rendre son inutile édit contre les pierreries. Ceux qui en possédaient, après avoir montré de l’empressement et éprouvé de la peine à les offrir, préfèrent les garder en les dissimulant, ce qui est bien plus facile que pour l’argent, de sorte que malgré tous les tours de gobelets et diverses menaces d’enfermerie, la situation des finances n’avait été que fort peu et fort passagèrement améliorée. Le Moine le sut et pensa faire croire à M. le duc d’Orléans qu’elle le serait s’il le persuadait qu’il était possible de fabriquer du diamant. Il espérait du même coup flatter par là