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MÉLANGES

autres[1]... et les expressions fragmentaires... que j’ai été capable de donner... se relient à un système général d’interprétation de la littérature sacrée, à la fois classique et chrétienne... Qu’il y ait une littérature classique sacrée parallèle à celle des Hébreux et se fondant avec les légendes symboliques de la chrétienté au moyen âge, c’est un fait qui apparaît de la manière la plus tendre et la plus frappante dans l’influence indépendante et cependant similaire de Virgile sur le Dante et l’évêque Gawane Douglas. Et l’histoire du lion de Némée vaincu avec l’aide d’Athénée est la véritable racine de la légende du compagnon de saint Jérôme, conquis par la douceur guérissante de l’esprit de vie. Je l’appelle une légende seulement. Qu’Héraklès ait jamais tué[2] ou saint Jerôme jamais chéri la créature sauvage ou blessée, est sans importance pour nous. Mais la légende de saint Jérôme reprend la prophétie du millénium et prédit avec la Sibylle de Cumes[3], et avec Isaïe, un jour où la crainte de l’homme cessera d’être chez les créatures inférieures de la haine, et s’étendra sur elles comme une bénédiction, où il ne sera plus fait de mal ni de destruction d’aucune

  1. Cf. The Gueen of the air : « Comme j’ai beaucoup aimé — et non dans des fins égoïstes — la lumière du matin est encore visible pour moi sur les collines, vous pouvez croire en mes paroles et vous serez heureux ensuite de m’avoir cru ! »
  2. Cf. La Couronne d’Olivier Sauvage : « Le Grec lui-même sur ses poteries ou ses amphores mettait un Hercule égorgeant des lions.
  3. Allusion probable à Virgile : « Nec magnos metuent armenta icones. »
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