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Nous avons exposé, en parlant de la chambre syndicale, le motif qui a fait créer la liquidation du 15, et les résultats qu’elle a produits ; il nous suffit de les rappeler ici.

Motif : encombrement causé par l’insuffisance des agents ;

Résultats : double report, double courtage à leur profit.


§ 5. reports


Le mot report, comme le mot prime, a plusieurs significations en langue boursière.

1° Les titres, avons-nous dit, se cotent plus cher à terme qu’au comptant ; lorsque le 3 0/0 est à 66 au comptant et à 66 40 fin de mois, on dit que le report de la rente à la fin du mois est de 40 cent. — Dans ce sens, le report a pour terme opposé le déport. Lorsque les baissiers arrivent à liquidation sans s’être pourvus des valeurs qu’ils ont à livrer, ils sont obligés d’acheter à tout prix, de crainte d’exécution ; il arrive alors que le comptant devient plus cher que la vente à terme. La rente restant à 66 40 fin de mois, si le comptant s’élève à 66 70, le déport est de 30 cent.

2° Le report est un prêt sur dépôt de titres ; celui qui prête est le reporteur, celui qui emprunte, le reporté. Le prêt sur gages a été prévu par le Code et soumis à de certaines formalités d’actes et d’enregistrement ; il doit se faire au taux légal, sous peine de répression comme usure. Qu’ont imaginé les boursiers ? Une fiction de marché dont l’auteur des Provinciales revendiquerait à juste titre l’idée première en faveur des RR. PP. Escobar et Lessius, inventeurs du Mohatra.

« Le contrat Mohatra, disent ces savants casuistes, est celui par lequel on achète des étoffes chèrement et à crédit pour les revendre, au même instant et à la même personne, au comptant et à bon marché. — Le Mohatra est quand un homme qui a affaire de 20 pistoles achète d’un marchand des étoiles pour 30 pistoles payables dans un an, et les lui revend à l’instant même pour 20 pistoles comptant. »

Inversement, le Report est un contrat par lequel un capitaliste achète des valeurs comptant et à bon marché, pour