Page:Proudhon - Explications sur le droit de propriété.djvu/2

Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’habileté d’un jurisconsulte consommé, mais obligé de se renfermer dans le texte de la loi. Après lui, le prévenu lit une défense écrite, dont nous extrayons les passages suivants :


Je n’ai écrit dans toute ma vie qu’une chose, messieurs les jurés, et cette chose, je vais vous la dire tout de suite, afin qu’il n’en soit tantôt plus question. La propriété, c’est le vol. Et savez-vous ce que j’ai conclu de là ? C’est que pour abolir cette espèce de vol, il faut l'universaliser. Je suis, vous le voyez, messieurs les jurés, aussi conservateur que vous ; et quiconque vous dira le contraire, prouvera par cela seul qu’il n’entend rien à mes livres, je dis plus, rien aux choses de ce monde.

C’est au législateur, selon Justinien, d’interpréter la loi ; c’est à l’écrivain d’expliquer aussi, ses écrits. Or, bien que je ne veuille pas faire de ma défense une leçon d’économie politique, il importe à ma justification que j’explique de quelle manière il faut entendre cette universalisation de la propriété : ce sera la meilleure réponse à la thèse de M. l’avocat général. Car si je prouve que pour rendre les propriétés égales, il faut conserver les droits existants, il s’ensuit que la pensée d’expropriation serait une contradiction dans ma propre doctrine, conséquemment, qu’il est logiquement impossible que je me sois rendu coupable du fait dont on m’accuse, et qui ne m’est imputé que parce que l’on confond l’idée de dépossession, que je repousse, avec celle d’abolition du domaine de propriété, que je proclame.

Parlons du travail. Le travail, messieurs les jurés, est après Dieu et la religion ce que sans doute vous aimez le plus, ce que vous estimez davantage, ce que vous recommandez tous les jours à vos enfants. C’est par le travail que vous êtes devenus ce que vous êtes ; et qui essayerait de vous prouver, à vous qui avez travaillé toute votre vie, qui avez hérité légitimement de vos pères, qui vous sentez les mains nettes et la conscience pure ; qui essayerait, dis-je, de vous prouver que votre possession pourrait être, à votre insu, viciée et fondée