Page:Proudhon - Explications sur le droit de propriété.djvu/14

Cette page a été validée par deux contributeurs.


celui qui se passe sous nos yeux et qui, arrêté par divers obstacles, cause toutes les inquiétudes de la société et tous les embarras du gouvernement. C’est là, monsieur le ministre, le fait de progrès social que depuis dix-huit mois je m’efforce de constater, et dont j’espère déterminer les lois et calculer les conséquences. La société marche, sans presque l’apercevoir, à une organisation politique absolument et divinement vraie, légitime, parfaite, éternelle. Il ne s’agit plus ici d'aphorismes ontologiques sur l’égalité, la fraternité, les droits de l’homme et du citoyen, la souveraineté du peuple, etc. La métaphysique du Contrat social et de l’Esprit des lois est usée ; à la place de ces théories creuses s’élève une science nouvelle, exacte, mathématique, devant laquelle les ténèbres du journalisme et les orages de la tribune doivent cesser pour jamais. Déjà le peuple commence à raisonner et à réfléchir ; or, quand le peuple réfléchit et raisonne, il ne faut plus craindre qu’il se révolte. Car il est de la nature de la science d’arrêter la fougue de l’esprit par la contemplation de ses problèmes et de ses mystères ; les difficultés se montrent plus formidables en raison même de l’élaboration intellectuelle, l’imagination se discipline à mesure que la raison s’éclaire, par conséquent la fureur des révolutions s’éteint devant les conditions de réforme.

Mais quelles sont ces conditions ? Existent-elles en dehors de la société active et du pouvoir qui la dirige ? Faut-il, enfin, détruire pour édifier ?

Voici, monsieur le ministre, quelle est à cet égard ma pensée, pensée exprimée de plus en plus énergiquement dans la suite de mes publications, et que je suis à la veille de démontrer par tout ce que la science économique peut offrir de plus profond et de plus certain.

La société, comme tout être organisé et vivant, se développe d’une manière continue, sans sauts ni saccades, sans interruption ni substitution. L’interruption, ai-je dit quelque part, pour la société comme pour l’homme, c’est la mort. Il ne faut donc pas songer à remplacer le gouvernement actuel et les institutions qui lui servent de cortège, par d’autres ; mais à