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du tiers-état. Enfin Louis XIV se montre, et le monde se tait devant lui.

537. La suite est connue. Après trente ans de luttes gigantesques, une sorte de compromis a été signé entre les principes antagonistes : mais la dernière loi du monde n’est pas réalisée, le dernier appareil organique n’a pas vu le jour, et le mal dure encore : la douleur est là, sourde, dévorante, jusqu’à ce qu’elle force la société d’éclater. Venez, et voyez.

538. Une démocratie impatiente, justement convaincue que toute amélioration procède du gouvernement, demande l’extension des droits politiques. Comprimez-la, ce sera une révolution ; accordez-lui sa demande, ce sera encore une révolution. La concentration du pouvoir exécutif est excessive ; les attributions de ses principaux agents sont mal définies et mal circonscrites ; l’organe central, dans lequel il se personnifie, appelle de nouveaux dédoublements. — Révolution.

Il faut démocratiser la banque, réunir au domaine public les caisses d’assurances, fixer un minimum de salaire, abolir les douanes, les prohibitions, les tarifs : déjà ces idées sont à l’ordre du jour ; mais les exploiteurs résistent. — Révolution.

Pour que le peuple subsiste et que la société dure, il faut centraliser le commerce, l’agriculture et l’industrie ; proportionner la production aux besoins ; ménager les ressources minérales, entretenir, augmenter les végétales ; il faut faire rentrer dans leurs sphères d’administration respectives notaires, avoués, huissiers, greffiers, commissaires-priseurs, syndics, pharmaciens, médecins, imprimeurs, libraires, toutes les charges vénales, toutes les professions assujetties au brevet, au diplôme et à la patente ; en même temps, éteindre progressivement les fonctions anormales, subversives, ou faisant double emploi ; il faut réglementer l’atelier, policer le marché, convertir en impôt la rente du capitaliste, républicaniser, comme disait Cambon, la propriété. Déjà la voie est ouverte : les chambres de commerce, les sociétés d’agriculture et les comices agricoles, le cadastre, le domaine supérieur de l’État sur les eaux, les forêts et les mines ; les droits de transit et d’entrepôt, l’exploitation par le gouvernement des tabacs, poudres, monnaies, postes, télégraphes, etc. ; un droit administratif qui se crée : tout cela témoigne d’un mouvement de transformation non équivoque. Mais les princes du monopole, la propriété anarchique et dissolue résiste, et toujours résistera ; des plumes vénales la défendent, une foule égarée l’appuie, le pouvoir lui obéit, — Révolution qui sera la dernière.

539. Au reste, ne soyons ni effrayés ni surpris de cette marche