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indice des mesures à prendre pour faire rentrer l’Église dans l’État et procéder avec prudence à l’abolition des cultes.

L’habitude d’obéir et de croire produit chez le prêtre un remarquable engourdissement des facultés et une grande timidité d’esprit. — Il faut, en exigeant de tout candidat à la prêtrise le diplôme de bachelier, se montrer sévère dans l’examen de philosophie. Pour émanciper la raison et dissoudre l’apathie cléricale, je ne connais rien de tel que la lecture des philosophes.

Le célibat est un autre obstacle à la sécularisation du prêtre. — Retardez de deux ans l’entrée dans les ordres, et limitez à cinq la durée du vœu. Rome se récriera d’abord, puis elle cédera, pourvu, toutefois, qu’on le veuille et qu’on sache s’y prendre.

Le clergé s’isole de la société, et tend constamment à se reconstituer comme caste : de là ses perpétuelles menées, son ambition, ses sourdes manœuvres. Il faut soumettre les curés à la nomination des paroissiens, les rendre plus dépendants de la mairie, et un peu moins de l’évêché ; les attacher au corps enseignant par de petites inspections, et les rendre responsables devant les conseils municipaux et les recteurs. Comme, après tout, la religion est du domaine public, il faut les obliger à marier et à enterrer sans confession. Par là, le prêtre, devenu citoyen, savant, homme du monde, profitera tôt ou tard de la latitude que lui laisseront les vœux à temps pour devenir père de famille : alors ce sera fait de la religion et du sacerdoce. Est-ce que le protestantisme est une religion ? est-ce que ses ministres sont des prêtres ?

481. L’analogue du prêtre est le soldat. Ainsi que le culte, la guerre est un fait anormal, un fait qui ne s’ordonne pas en lui-même, et qui, à défaut de la volonté des hommes, cesserait à la longue par l’énergie de ses moyens, par la science des chefs et les lois d’humanité qui s’y mêlent [1].

La profession des armes est divisée et spécialisée : mais les spécialités militaires ne sont toutes que des spécialités scientifiques et industrielles employées subversivement. Dans une armée le fantassin est travailleur parcellaire, l’homme à cheval palefrenier, l’artilleur chimiste, l’ingénieur géomètre ou architecte. Quant au classement des capacités, il est calqué sur l’ordre de bataille. Une longue pratique a démontré que pour faire battre deux armées, chacune de cent mille hommes, de manière qu’en une heure la

  1. Les officiers de marine avouent qu’un combat naval est désormais impossible, attendu qu’en cinq minutes les deux flottes ennemies seraient coulées bas. Heureux progrès de l’art de détruire, qu’il se détruise lui-même !