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tique, ne peut servir à formuler ni l’histoire d’un siècle, ni la totalité de l’histoire [1].

Partout le progrès, ainsi que la série, se manifeste : dans l’attraction, la végétation, la génération, l’assimilation, les maladies, les sciences, les institutions politiques : mais partout aussi le progrès, qui n’est autre que la force ou la vie, obéit à des lois différentes, données par la nature même des choses. C’est pourquoi vous ne m’instruisez pas davantage, quand, au lieu de spécialiser et de définir, vous affirmez que je vois tout en Dieu ; que le bonheur est le but de la société ; que la série est la forme générale des sciences ; que la loi de l’histoire est le progrès. Car je veux savoir comment chaque chose est sériée, et selon quelle raison elle progresse.

L’esprit est si fortement porté à expliquer le fait par le fait, et à se tromper lui-même au moyen d’expressions qui se traduisent ; d’autre part, on a tant abusé de ce mot loi, qu’on me saura gré de donner à ma pensée quelque développement. Cela servira d’ailleurs à montrer combien peu nous sommes avancés dans la science sociale, et dans l’intelligence de l’histoire.

459. On a vu que la connaissance se forme en trois moments consécutifs : 1o période religieuse, ou de contemplation panthéiste ; 2o période philosophique ou de causalité ; 3o période savante, ou de spécialisation ou de série. À partir de cette dernière période, le progrès n’est plus que l’accumulation des découvertes et observations sérielles ; en réalité la raison ne progresse plus, elle amasse [2]. Telle a été la marche commune des sciences : toutes, avant de s’élaborer par l’analyse, ont traversé une ère de mysticités et de superstitions, pendant laquelle l’esprit ou s’absorbait dans ses rêves, ou n’abandonnait le phénomène que pour en chercher la cause : procédé qui le ramenait toujours à son point de départ, c’est-à-dire, à expliquer le fait par le fait.

Or, c’est encore là que nous en sommes pour tout ce qui concerne les sciences morales et politiques.

460. Ainsi, l’on avait remarqué, dans l’histoire de la civilisation, l’élargissement progressif du droit de cité et l’extension des droits politiques accordés aux prolétaires. Aussitôt ce fait, très-important

  1. Soit : il n’y a pas plus d’histoire générale que de science générale. S’ensuit-il que l’histoire, ou, si vous aimez mieux, une histoire ne puisse être une science ? (Note de l’éditeur.)
  2. Cela est-il bien sûr ? L’auteur n’a-t-il pas dit lui-même quelque part que l’astronomie, par exemple, cette science réputée presque finie, était en train de passer de la mécanique céleste à l’organique céleste, ce qui implique progrès, même dans la science ? (Note de l’éditeur.)