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en deux : 1o le problème de l’origine des idées ; 2o le problème de la certitude, ou de la conformité de la connaissance avec la réalité. On verra, en effet, que toutes les difficultés élevées contre la certitude absolue de nos jugements reposent sur l’ignorance où nous sommes de l’origine de nos idées ; de sorte que, cette origine étant connue, le problème de la certitude est résolu.

Telle sera la marche de la discussion où nous allons entrer.

327. Suivant Platon, les idées viennent de Dieu, en qui elles existent substantiellement ; elles sont préformées dans les âmes avant leur sortie de l’Élysée et leur union à des corps : les sensations ne font qu’en provoquer dans l’esprit la réminiscence. Ainsi nous n’acquérons pas nos idées, suivant Platon ; nous nous en souvenons. L’idée pure (l’idéal) de chaque objet est en Dieu ; les corps ne font que la reproduire concrètement d’une manière plus ou moins parfaite, que notre âme, d’après la communication qu’elle a reçue, reconnaît et apprécie. Les idées, en un mot, sont les exemplaires éternels des choses, les types ou échantillons dont notre âme a reçu l’empreinte, et d’après lesquels ont été créés tous les êtres.

On voit d’après cet exposé combien il serait facile, avec un peu de bonne volonté, de soutenir que Platon n’a fait qu’exprimer, sous un symbole religieux, l’origine objective et cosmique des idées, plus, la faculté que nous avons de redresser intellectuellement les formes qui s’écartent de leur type ; en d’autres termes, de calculer une série d’après sa raison. Mais il est probable que Platon ne concevait pas la chose avec cette précision scientifique.

328. Aristote, ou pour mieux dire l’école qui l’a pris pour chef, faisait dépendre toutes les idées de la sensation, de là le célèbre aphorisme : Rien n’est dans l’entendement qui n’ait été auparavant dans le sens.

On a objecté, contre ce système, que la sensation était tout au plus occasion, moyen, ou véhicule de l’idée, mais non pas cause : ajoutons que comme on n’explique rien en faisant remonter à Dieu, auteur de toutes choses, l’origine des idées ; de même nous n’en savons pas davantage en rapportant aux sens, c’est-à-dire à la suggestion de la nature, cette même origine.

329. Peu à peu l’on distingua différentes espèces d’idées : ce qui conduisit à multiplier, en proportion égale, les sources des idées.

Parmi les idées, les unes sont des représentations d’objets sensibles, distincts, particuliers ; ces idées furent, en conséquence, nommées particulières, et attribuées à la sensation : les autres