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physique, chimie, minéralogie, anatomie, histoire naturelle ; l’idée seule d’éclectisme dans les sciences dignes de ce nom est absurde. Lors donc que M. Cousin, chef de l’école éclectique, s’est mis à explorer la philosophie ancienne et moderne, songeait-il à former, de fragments empruntés à tous les systèmes, un syncrétisme discordant et inharmonique ? Non : ce que voulait M. Cousin, ce que cherchent ses disciples, c’étaient moins des idées nouvelles qu’une méthode de classification des idées acquises, une carte de l’esprit humain, disait Jouffroy.

L’éclectisme a donc tout accepté, tout recueilli : en cela consistait son rôle ; là est aussi sa gloire et son titre à notre reconnaissance. L’éclectisme est une philosophie, si j’ose ainsi dire, expectante et toute d’érudition, notant chaque fait, enregistrant chaque idée, bonne ou mauvaise, et classant artificiellement découvertes et systèmes, en attendant que la méthode naturelle soit trouvée. Cette philosophie a jeté le doute et la désolation dans les âmes : nul n’a droit de s’en plaindre. Toute raison qui aspire à la certitude se doit à elle-même de n’admettre rien d’hypothétique, comme aussi de ne rejeter rien de probable.

Lorsque Gassendi attaquait le système des tourbillons, les cartésiens lui disaient : Vos raisons sont fort bonnes ; mais que mettez-vous à la place des tourbillons ? — Je ne sais, répondait l’Épicurien ; mais je jure que vos tourbillons n’existent pas. Quelques années plus tard, l’attraction était découverte.

Ainsi lorsqu’on a dit à l’éclectisme : Qu’avez-vous mis à la place de Platon, de Malebranche, de Condillac ? qu’avez-vous mis à la place de la religion ? qu’avez-vous mis à la place de la monarchie et de la république ? l’éclectisme devait se taire, et son silence eût été sublime. Car, après la constance de la vertu dans l’adversité, il n’est rien de plus grand que la constance de la raison dans l’incertitude. Tous les torts de l’éclectisme viennent de ce qu’il a molli devant l’impatience du siècle et dogmatisé avant l’heure.


§ VII. — Solution du problème de la certitude.


326. Avant de chercher les éléments de la science politique, il convient, autant pour écarter toute objection préjudicielle de la part du scepticisme que pour montrer la puissance de notre méthode, de résoudre une question que le plus grand effort de la philosophie a été de déclarer inabordable, je veux parler du critérium de la certitude.

Le problème de la certitude, autrement dit problème logique, ou problème de la légitimité absolue de la connaissance, se divise