Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/200

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


naturalistes. Les catégories de la raison sont tout à la fois des intuitions simples et de hautes généralisations (341 et suiv.) ; elles rentrent les unes dans les autres et s’engendrent réciproquement ; ce sont plutôt des jalons posés par l’esprit à travers le champ de la pensée que des éléments intellectuels ; et qui oserait dire que les trois principes des causalistes, la Matière, la Vie, l’Esprit, et les cinquante-six éléments des chimistes, ne sont pas, comme les catégories d’Aristote et de Kant, de pures spéculations de notre intelligence ? Nous avons fait la nature et la raison semblables à un arbre généalogique, dont le tronc se partage en quelques branches principales, subdivisées à leur tour en rameaux et ramuscules, à l’infini. Nous prenons des abstractions chimiques pour des décompositions : mais, pauvres myopes que nous sommes, nous ne voyons pas que chacune de ces prétendues décompositions devient pour chaque partie séparée une cause qui la rend à son tour décomposable ; que la série et l’unité, la diversité et la synthèse sont la condition essentielle de toute phénoménalité comme de toute perception ; que dans la double sphère de l’objectif et du subjectif, l’être et l’idée est nécessairement composant et composé, un et multiple, élément et série : et parce que notre analyse s’arrête, nous prétendons limiter la nature. Vanité des vanités ! la nature se joue de nos réductions, et notre propre raison se moque de nos catégories. La série se multiplie par la division : pour atteindre l’indécomposable, c’est-à-dire l’indivisible, l’inconditionné, l’être en soi, il faut sortir de la série, sortir du phénomène, et nous élancer jusqu’à Dieu, que nous ne connaissons que par la foi.

304. Quelque sujet qu’on traite, la conclusion est toujours indiquée par la formation de la série ; de sorte que sérier des idées, c’est conclure.

En France, la loi n’accorde le droit d’élection qu’aux censitaires à 200 francs. Tout le monde a répété que cette manière de déterminer la capacité électorale était mauvaise, parce que la cote du contribuable n’a rien de commun avec le patriotisme et les lumières. Kant aurait dit dans son langage qu’on avait mal à propos conclu de la quantité à la qualité, chose aussi peu raisonnable que si l’on avait dit : Celui-là seul sera électeur, qui sera reconnu chaque année apte au service par le conseil de révision.

Mais enfin telle est la loi, loi amenée par cinquante années de remaniements politiques, et à laquelle il ne serait pas difficile de trouver des raisons justificatives, je veux dire de raisonnables excuses. Il faut l’appliquer : il s’agit donc de savoir qui paye. Or cette recherche, si simple au premier coup d’œil, d’après les con-