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de l’opinion, les bavardages de la tribune, le chaos dans les lois, l’antagonisme des pouvoirs, les conflits administratifs, le vice des institutions, viennent de notre misérable logique, de notre logique anti-sérielle.

Quelques exemples nous enseigneront l’usage de la série dans la réfutation et la critique, et termineront ce paragraphe.

290. III. Sophismes. Toute erreur vient originairement ou de l’absence de série, ou d’une violation de la série.

« Là où il n’y a pas d’hérédité, il n’y a pas de caste : il y a corporation. L’esprit de corps a ses inconvénients, mais est très-différent de l’esprit de caste. On ne peut appliquer le mot de caste à l’Église chrétienne : le célibat des prêtres a empêché que le clergé chrétien ne devînt une caste. » (Guizot, de la Civilisation en Europe.)

Avec cette manière de décider, on affirme tout ce que l’on veut, et l’on est dispensé de donner des preuves.

On croyait en France, avant 1789, que le clergé était une caste. Il formait le premier ordre de la nation, possédait un tiers des terres, s’imposait librement les secours qu’il jugeait devoir accorder à l’État, intervenait dans les affaires publiques et ne souffrait pas qu’on intervînt dans les siennes, percevait ses immenses revenus à titre de propriété, non de salaire, en un mot faisait tous actes d’indépendance seigneuriale et de privilége. Les prêtres n’avaient point de femmes, différant en cela de la caste nobiliaire ; ils se recrutaient par initiation ou adoption : à cette filiation spirituelle était attachée pour eux la survivance d’usufruit, l’hérédité. Rien de ce qui appartenait une fois à l’Église ne rentrait dans la nation ; au contraire, le clergé pouvait toujours recevoir (toujours prendre), ce qui est le caractère physiognomonique de la caste.

À côté de ce clergé existaient des corporations d’arts et métiers. Celles-ci étaient soumises à une loi commune, fraternisaient entre elles, se fournissaient réciproquement des sujets, ressortissaient des mêmes tribunaux. Bien que ceux qui en faisaient partie jouissent du mariage et de l’hérédité, leurs biens n’étaient point inaliénables ; eux seuls payaient l’impôt, et ne transmettaient à leurs enfants d’autre privilége que la roture, d’autre monopole que le travail. Ces corporations ne formaient point caste.

Ainsi l’inégalité devant la loi, la propriété inaliénable, le monopole de la fonction, le privilége de l’oisiveté, la différence de juridiction : voilà ce qui constitue la caste ; l’hérédité, conséquence de la génération ou de l’adoption, la soutient. Autre chose est le droit de caste, autre chose le mode de sa transmission.